Laure Li Vigni

Il était un papillon

12/12/2021

Il était un papillon

Des objets et des hommes.... Au coeur d'une recyclerie, au coeur des hommes.

Une amie porte un haut « papillon » pour son anniversaire.
J’apprends qu’ elle l’a acheté dans une recyclerie.


Quelques recherches plus tard, nous voici en visite à la recyclerie de Couze-et-Saint-Front en Dordogne, de son vrai nom le Tri-porteur24 .


Le nom lui même me fait sourire, je sens de belles choses.


Nous ne sommes pas déçus. Le nom est très bien choisi et correspond au lieu et aux énergies.
Il n’y a pas que le tri qui soit porteur. La belle énergie, les sourires et la gentillesse des salariés et des bénévoles que nous rencontrons portent bien plus encore.


Je ne vais pas vous raconter l’historique de l’association, ni l’explication du fonctionnement du dépôt des objets jusqu’ à leur vente. C’est super intéressant cependant, je l’ai découvert en y passant un après-midi.
Pour les curieux c’est ici https://letriporteur24.wordpress.com/


Et le mieux c’est encore d’aller les rencontrer si le coeur vous en dit.


Ce dont je voudrais vous parler ici, c’est de l’âme que j’ai trouvée en ces lieux.

Comme en promenade, il faut parfois lever les yeux pour découvrir des pépites.


Au dessus de la caisse, une banderole explique :
« le fonctionnement de notre association est collectif. Ici il n’y a pas de chef, il y a des personnes responsables mandatées pour accomplir des actions précises. »


Une horizontalité assumée, qui se retrouve dans les statuts.


Cela me remplie de joie. En tout cas pour ce que cela m’évoque et me dit, ce n’est que ma vision.


C’est l’application concrète d’un autre mode de fonctionnement que le système vertical mis en place dans beaucoup de structures, associatives ou pas.
Donc cela peut fonctionner. Bien sûr, je n’ai pas le recul pour savoir si cela fonctionne de façon fluide ou pas, à grande échelle ou pas.
Peu importe, il faut un bout de quelque chose pour pouvoir l’améliorer et le faire grandir. Quoi qu’il en soit, ce ne sont pas que de belles idées, c’est du concret. Et ça, c’est chouette. Je trouve.


Ensuite c’est aussi la concrétisation de l’idée selon laquelle le monde a besoin de chacun, comme un rayon de soleil. Chacun a sa place et une place pour chacun en fonction de ce qu’il est et non d’une case dans laquelle il devrait entrer.
A partir de ce qu’il est, de ce qu’il aime, de ses capacités, de ses compétences. Dans la joie. Justement par ce qu’on lui permet d’être lui.

Ainsi une bénévole qui a travaillé avec les enfants, se trouve utile et à sa place dans le rayon jouets/puériculture. Elle connaît le sujet et peut être en accord avec ses valeurs. Concrètement.


Un autre aura plus d’attirance pour les livres, un autre pour les objets électriques, électroniques, techniques, technologiques !


Pour autant personne n’est enfermé dans « sa case ».


Clairement pourquoi essayer d’être une rose quand on est une tulipe !


Je pense que cette organisation à petite échelle, peut se développer bien au-delà, pour chacun de nous.
Nous avons tous notre place. Et les autres ont besoin que nous prenions notre place.
Nous avons tous besoin que le boulanger soit boulanger. Bien sûr nous pourrions nous en passer, mais ce serait moins bien.


Il n’y a pas de grands ou petits rôles. Il n’y en a pas un qui a un « super » rôle ou le « meilleur » rôle. Celui qui doit sourire pour réconforter est aussi important que les autres.


A la recyclerie, c’est pareil. Oui, il est possible de faire « sans » quelqu’un, mais avec, c’est mieux. Parce qu’il a cette compétence. Et bien d’autres compétences d’ailleurs, et parce que c’est lui.


Certains prénoms résonnent souvent… quand la compétence a pour deuxième prénom « expérience » !!

Une salariée m’expliquait que les emplois ont été créés pour que le fonctionnement de la recyclerie et l’ouverture du local ne repose pas sur les bénévoles.


Si, pour l’exemple, on fait des catégories, les salariés sont dans l’ensemble plus jeunes que les bénévoles.


Ainsi l’échange des connaissances et des compétences de chacun est riche et utile pour tous.


Les « jeunes » acquièrent des « réflexes de ventes », (même si ce n’est pas leur formation initiale). Ils maîtrisent les technologies de communication, etc...


De leur côté les « plus âgés » connaissent les objets parfois anciens qui sont déposés à la recyclerie : les textiles d’autrefois, leur utilité, leur fabrication par exemple.


Bien sûr il y a aussi des personnalités différentes. Certains sont plus à l’aise, d’autres plus en retrait.


Là encore, reconnaître que quelqu’un a les connaissances et peut répondre à telle question, ce n’est pas dire que l’on ne vaut rien par ailleurs, c’est que nous possédons d’autres savoirs.


Je parlais plus haut des salariés. Ils ont très gentiment accepté de discuter avec moi. S’il peut paraître « normal », en tout cas plus que souhaitable que les bénévoles viennent par plaisir et par leur volonté, pensez-vous que la recyclerie recycle aussi les gens ?


Quelques mots des salariés (non exhaustif) :


- j’avais fait les études qui correspondent à ce poste
- je voulais travailler ici
- j’ai lu l’annonce et j’ai cru qu’elle avait été écrite pour moi
- je voulais m’investir


En ce qui me concerne, entendre des salariés aussi heureux d’être là, me met en joie.
Redonne espoir, tout est possible.


N’est ce pas formidable pour une entreprise ?


Les salariés me racontaient même à quel point ce travail est bénéfique pour eux sur un plan personnel :
beaucoup d’objets sont déposés à la recyclerie. Une partie du travail est de décider pour ce grand nombre de dons si « oui » on garde, ça vaut le coup, on peut le remettre en état. Ou au contraire si « non », là ce n’est pas possible.


Ainsi me disaient-ils, pour ceux qui avaient du mal à dire non ou à prendre une décision, l’apprentissage a été « obligatoire » !
A tel point que même dans leur vie personnelle certains peuvent s’étonner que maintenant, ils disent « non ».


Je trouve aussi une grande conscience (c’est mon avis), d’être dans la même barque, qu’ils ont leur place à prendre pour faire perdurer l’association et donc leur travail, et que cela passe par un équilibre de rentabilité salarié.


Quand on pense qu’il y a des entreprises qui veulent imposer toujours plus de rentabilité aux salariés, quitte à passer par la force et le conflit...


Certes ils ne sont pas employés à temps plein et peut-être qu’ils changeraient bien deux ou trois choses.
Mais c’est aussi un lieu de vie pour chacun, une étape qui durera le temps nécessaire pour que chacun y prenne et donne ce qu’il doit. Comme toute expérience. Me semble-t-il.


Le Tri-porteur24 fonctionne concrètement sur les principes, entre autre :
- d’horizontalité
- de valorisation des compétences de chacun
- de partage d’expérience
- d’investissement spontané des salariés, contents d’être là
Le Tri-porteur24 , ne fait-il pas depuis longtemps ce que certains aujourd’hui qualifient de « monde de demain », bien différent de celui connu jusqu’ici ?


Au travers de leur mission de « recyclage » d’objets ayant déjà vécus, ne sont-ils pas précurseurs dans leurs choix de fonctionnement ?


« Ce que la chenille appelle la fin du monde, le maître l’appelle papillon » Richard BACH


Des objets qui finissent leur première mission et destinés à la poubelle, des histoires personnelles dans l’impasse en fin de cycle. Et la chenille se transforme en papillon.

Il existe d’autres associations/entreprises vivant concrètement ces belles valeurs. Longue vie à eux et qu’ils se multiplient !


Ce n’est pas pour autant parfait et tout peut toujours être amélioré.
Trouver un juste équilibre pour chaque chose et le réinterroger à chaque instant.


S’émerveiller de ce qui nous rends heureux et valoriser ce vers quoi on veut aller, plutôt que de focaliser sur ce qui ne va pas.


Mon intention ici était de partager mon ressenti sur l’expérience d’usager et de bénévole le temps d’une après-midi.


Ce n’est donc pas La Vérité, je ne prétends pas les connaître parfaitement, ni eux, ni l’association. Ce n’est que Ma vérité, celle de ces instants là.


Merci à chacun d’eux pour leur accueil et leur confiance.